Le 6 juillet, les Rencontres d’Arles ouvrent leurs portes pour leur 57ᵉ édition, avec des récits ancrés dans différents territoires, en particulier le continent africain et la Méditerranée. Une quarantaine d’expositions sont proposées aux visiteurs tout l’été, jusqu’au 4 octobre. Comme chaque année, le laboratoire PICTO accompagne le festival dans la production d’une partie de ses exposition, découvrez les expositions auxquelles nous avons contribué.

Avec l’aimable autorisation du Studio William Klein et du William Klein Estate.
William Klein
This way to heaven [par ici le paradis]
Type de fabrication : Tirages jet d’encre pigmentaires, collages et impressions sur papier peint et dos bleu.
Le laboratoire Picto aide les photographes professionnels pour la réalisation de leurs expositions, des tirages à l’accrochage, en passant par les finitions et l’encadrement.
Célébré pour ses grandes fresques photographiques dédiées à New York, Rome, Moscou, Tokyo ou Paris, William Klein est aussi l’auteur d’une œuvre ouvertement critique et politique qui reste méconnue. À l’occasion du centenaire de sa naissance, This Way to Heaven expose l’engagement de l’artiste, au long d’un parcours rétrospectif associant photographies, peintures, films et dessins et révélant de nombreux documents inédits. Dans une œuvre aussi caustique que visionnaire, William Klein dépeint le spectacle visuel dispensé par les mass media et les systèmes de pouvoir qu’ils nourrissent. Méthodiquement, l’artiste met en pièces la mécanique bien huilée de l’image telle que formatée par la presse puis la télévision naissante, et la remonte, volontairement grinçante.
Pour cet Américain exilé pour de bon à Paris dès l’immédiat après-guerre, quel meilleur poste d’observation de cette société du spectacle en devenir que le pays de l’entertainment ? Ainsi, c’est aux États‑Unis qu’il retourne dès 1954 pour réaliser son premier grand opus photographique, portrait sans concession de sa ville, captant le culte du dollar et l’injonction consumériste, mimant le sensationnalisme de la presse tabloïd. C’est encore avec trois personnages américains réels ou fictionnels – Muhammad Ali, Polly Maggoo et Mister Freedom – qu’il élabore dans les années 1960 trois de ses plus grands films. L’image médiatique y est invariablement évoquée comme le terrain d’un jeu de domination et de dupes, ici tentant d’asservir le corps noir, là le corps de la femme.
De la lumière de ses premiers photogrammes à celle des projecteurs braqués sur les icônes Ali ou Polly, en passant par la lumière des néons inondant religieusement la nuit new-yorkaise de ses messages publicitaires, l’exposition retrace la trajectoire d’un artiste qui, inlassablement, comme un membre de la famille refusant de se résigner, rappelait son pays à ses promesses non tenues, lui retournant son miroir aux alouettes.
– Raphaëlle Stopin
• Date : Du 6 juillet au 4 octobre 2026
• Lieu : Chapelle du Museon Arlaten – Musée de Provence
29 Rue de la République
13200 Arles
https://www.rencontres-arles.com/

Modèle animal
200 ans de photographie
Type de fabrication : Tirages d’exposition argentiques à l’agrandisseur, impressions jet d’encre pigmentaires, et impressions directes sur dibond.
Le laboratoire Picto aide les photographes professionnels pour la réalisation de leurs expositions, des tirages à l’accrochage, en passant par les finitions et l’encadrement.
Compagnon, sujet d’étude, symbole, miroir ou fantasme, l’animal n’a jamais quitté le champ des photographes depuis l’invention du médium. Modèle animal parcourt deux siècles d’images qui révèlent comment la photographie a façonné notre regard sur les animaux et influencé, en profondeur, notre manière de les aimer, de les exploiter ou de les défendre. Rassemblant aussi bien des œuvres anonymes qu’iconiques, l’exposition compose un parcours thématique articulé autour de sept regards photographiques : le regard anatomique qui observe, analyse et classifie ; le regard performatif, témoin des prouesses animales ; le regard affectif, centré sur nos compagnons domestiques ; le regard fasciné, qui célèbre la beauté du monde animalier ; le regard éthique, qui rend visible l’exploitation pour mieux la dénoncer ; le regard plastique, où se déploient les jeux visuels, formels et expérimentaux inspirés par l’animal ; enfin, le regard viral qui détourne et propage, brouillant les frontières entre le réel et la fiction.
Des microphotographies d’Auguste Bertsch au XIXe siècle aux images de Martin Parr et Elliott Erwitt qui révèlent la complicité entre humains et animaux, des collages de Peter Beard mêlant récit personnel et préoccupations écologiques aux observations délicates de Rinko Kawauchi, de la quête d’harmonie de Simona Kossak aux mises en scène de William Wegman, l’exposition traverse l’œuvre de photographes de référence qui ont façonné notre sensibilité au vivant. Elle embrasse également les démarches contemporaines inventives, des créatures étranges d’Augustin Rebetez et de Robin Lopvet à celles, poétiques, de Vasantha Yogananthan en passant par les images virales et les expérimentations audacieuses qui circulent sur les réseaux sociaux. En mettant en lumière la présence massive de l’animal dans l’imaginaire collectif, les photographies réunies dans cette exposition composent un panorama visuel d’une diversité exceptionnelle et invitent à repenser les frontières entre l’humain et l’animal, entre le regard et l’image, entre le réel et sa représentation.
– Nathalie Herschdorfer
• Date : Du 6 juillet au 4 octobre 2026
• Lieu : La mécanique générale
33 Av. Victor Hugo
13200 Arles
https://www.rencontres-arles.com/

Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Galerie Rouge.
Martine Barrat
Soul of the city [L’ÂME DE LA VILLE]
Type de fabrication : Impressions directes sur papier peint.
Le laboratoire Picto aide les photographes professionnels pour la réalisation de leurs expositions, des tirages à l’accrochage, en passant par les finitions et l’encadrement.
Artiste aux multiples vies, Martine Barrat a développé une œuvre en dehors des circuits traditionnels de la photographie et autour d’un sujet principal : New York et ses quartiers marginalisés. Danseuse dans le Paris des années 1960, elle s’installe à New York en 1968, invitée par Ellen Stewart pour se produire dans son théâtre, La MaMa Experimental Theatre Club. À la suite d’un accident qui met fin à sa carrière de danseuse, elle crée un atelier qui réunit musique de jazz et vidéo, destiné aux enfants du Lower East Side et de Harlem. Au début des années 1970, elle entreprend un premier travail documentaire avec les gangs du South Bronx, les Roman Kings et les Ghetto Brothers. Le film You Do the Crime, You Do the Time projeté en 1978 au Whitney Museum marque l’aboutissement de cette collaboration. Le vol de sa caméra conduit Pearl, le président des Roman Kings, à lui offrir son premier appareil photographique. Barrat commence alors une œuvre passionnante guidée par sa curiosité intacte pour la rue, ses codes et ses modes de vie. Jamais moralisatrice, elle fait partie intégrante des quartiers qu’elle photographie. Elle sait que malgré la dureté de leur environnement, leurs habitant·es continuent à vivre et à aimer et qu’il en va de sa responsabilité de les photographier avec respect et dévouement. Les scènes, personnes et gestes enregistrés sur sa pellicule composent ainsi une célébration de la vie et des relations humaines. Avec Do or Die, elle photographie les enfants qui s’entraînent dans les clubs de boxe à la recherche d’une vie meilleure. À partir des années 1980, elle représente avec la même énergie les habitants de Harlem qui sont devenus ses proches et dont elle partage le quotidien. En 1982, lorsqu’elle se rend à Paris pour le journal Libération, elle découvre le quartier de la Goutte d’Or et enregistre les liens qui unissent ses résident·es. Comme à New York, son regard est animé par une attention toujours égale pour ses modèles – l’aspect participatif et collectif étant une dimension fondamentale de son œuvre.
– Agathe Cancellieri
• Date : Du 6 juillet au 4 octobre 2026
• Lieu : Espace Van Gogh
Pl. Félix Rey
13200 Arles
https://www.rencontres-arles.com/

Rebekka Deubner
La terre amoureuse (se dit de la terre qui colle aux bottes)
Type de fabrication : Tirages d’exposition argentiques couleur à l’agrandisseur.
Le laboratoire Picto aide les photographes professionnels pour la réalisation de leurs expositions, des tirages à l’accrochage, en passant par les finitions et l’encadrement.
En mars 2023, Rebekka Deubner se rend à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, pour prendre part aux manifestations contre les projets de mégabassines. La violence de la répression est immédiate et l’événement rapidement réduit à des images spectaculaires et des récits simplificateurs. Ce qui s’efface alors lui semble pourtant essentiel. C’est vers cet espace, hors champ, qu’elle choisit de revenir, presque chaque mois, d’avril 2023 à décembre 2025.
Parcourant du nord au sud le département au fil des saisons, elle partage le quotidien de celles et ceux qui vivent et travaillent ces terres. Amandine, Martial, Valentin, Rémi, Benoit et Jean-Jacques – éleveur·ses, maraîcher·ères, militant·es écologistes – l’initient à leurs pratiques, au rythme d’actions ordinaires et répétées : clôturer, irriguer, désherber, semer, récolter, observer, nourrir. Autant de gestes qui ancrent le corps dans la durée et déplacent le regard, à rebours des images d’Épinal.
Peu à peu, une autre géographie se dessine, faite de parcelles cultivées, de serres, de haies et de mares, des abords de la bassine de Sainte-Soline aux rives asséchées du Mignon. L’eau, tout à la fois présente et absente, constitue le fil rouge de cet ensemble pensé comme un long mouvement continu. Elle circule, manque, stagne, puis disparaît. Ressource vitale et enjeu politique, elle traverse les images sans jamais se fixer, comme pour résister à toute simplification.
Au plus près de la terre et des transformations qui la façonnent, Rebekka Deubner inscrit l’image dans une expérience partagée. Elle ne précède pas la relation, elle en procède. Plutôt que d’expliquer ou de convaincre, ce travail s’attache à ce qui résiste à la démonstration : les temporalités longues, la répétition, les formes d’attention qui rendent possible l’engagement. L’image n’en est plus le centre, mais l’un des effets.
Le projet La terre amoureuse a été lauréat de la Bourse de recherche et création de l’Institut pour la photographie des Hauts-de‑France en 2025.
– Julie Héraut
• Date : Du 6 juillet au 4 octobre 2026
• Lieu : Croisière
65 Bd Emile Combes
13200 Arles
https://www.rencontres-arles.com/

Aman Alam / Serendipity × arles grant 2025
Ozymandias
Type de fabrication : Impressions jet d’encre pigmentaire, collage alu et châssis. Et impressions sur papier peint.
Le laboratoire Picto aide les photographes professionnels pour la réalisation de leurs expositions, des tirages à l’accrochage, en passant par les finitions et l’encadrement.
C’est dans la distorsion et l’érosion inévitable de l’identité et de la mémoire qu’Aman Alam trouve l’armature conceptuelle de son exploration de la condition humaine, de son déclin et de son héritage. Ozymandias (2020‑en cours) emprunte son titre au sonnet de 1818 de Percy B. Shelley, une méditation sur l’illusion de la permanence et sur la manière dont le temps peut réduire en poussière même le plus puissant des empires. Entre recherche artistique et scientifique, Ozymandias se fonde sur l’image, enrichie par la sculpture, l’intelligence artificielle et des archives familiales, pour créer une cartographie multidisciplinaire qui interroge l’impact du déclin cognitif et les récits établis qui l’entourent.
Alam était à l’université lorsque sa grand‑mère, Naseem, a commencé à manifester les premiers signes de démence. Des années plus tard, à 29 ans, il est retourné à Agra, sa ville natale, pour prendre soin d’elle. Ozymandias a d’abord été un outil d’ancrage permettant à l’artiste de faire face à son chagrin non formulé lié au diagnostic de maladie d’Alzheimer de sa grand-mère. En se penchant sur la perception unique du monde de cette dernière, parmi des souvenirs altérés et la dissolution de son identité, Aman Alam a entamé une enquête plus large sur ce que cela signifie d’être connu·e des autres, de se souvenir et d’oublier.
Brouillant les frontières entre archive et uchronie, Ozymandias révèle, en tant que témoignage d’un petit-fils en quête de consolation et de guérison, les profondes vulnérabilités de l’artiste. À travers un regard à la croisée du proche aidant et de l’identité atteinte de troubles cognitifs, l’œuvre propose un point d’entrée personnel vers les questions d’angoisses partagées et du caractère éphémère du soi, ainsi qu’une étude de l’architecture de la mémoire. Aman Alam considère l’esprit comme un « système de pouvoir » enclin aux hallucinations, aux fabulations et à la fragmentation. En suivant l’évolution des inquiétudes et du poids qui pèsent sur une famille devenue aidante, l’artiste exprime sa solidarité envers celles et ceux qui font face au déclin cognitif, et aux personnes qui les accompagnent, avec l’espoir que son œuvre leur apporte un sentiment partagé de réconfort, de proximité et de réconciliation.
– Ananya Singhal
• Date : Du 6 juillet au 4 octobre 2026
• Lieu : Maison des Peintres
43 Bd Emile Combes
13200 Arles
https://www.rencontres-arles.com/

Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Amira Lamti / Prix Découverte 2026
Bent el Machta
Type de fabrication : Impressions jet d’encre pigmentaire, collage alu et encadrement.
Le laboratoire Picto aide les photographes professionnels pour la réalisation de leurs expositions, des tirages à l’accrochage, en passant par les finitions et l’encadrement.
Dans Bent el Machta, Amira Lamti explore le rituel comme un espace de transmission, de transformation et de négociation. Partant de la figure centrale de la machta, gardienne des rites nuptiaux dans le Sahel tunisien, l’artiste dépasse la simple documentation ethnographique pour une réactivation performative. Son travail, proche d’une forme d’archivage des gestes et des mémoires, mêle photographie, textile et vidéo pour prolonger, activer et mettre en tension la tradition du mariage. Par une fragmentation volontaire du réel, Lamti isole et recompose gestes, postures, détails et scènes traditionnelles, révélant les strates de mémoire et d’affects qui traversent ce rite nuptial. Cette attention portée à « ce qu’il reste » de cette pratique ancestrale fait écho à la pensée de Georges Didi-Huberman au sujet de la « survivance du geste », pour qui l’image garde des traces tout en les reconfigurant. Chez Lamti, la photographie devient donc l’espace où le passé travaille le présent sous des formes déplacées. La vérité qui en émerge n’est ni stable ni univoque. Elle se construit dynamiquement dans l’entre-deux : entre héritage et expérience contemporaine, transmission familiale et réappropriation individuelle. Cette instabilité est notamment incarnée par la présence du frère de l’artiste, photographié portant des signes traditionnellement associés au féminin, déplaçant les codes et révélant la plasticité du rituel. Celui-ci devient alors un terrain de transformation, où les rôles, les corps et les symboles se redéfinissent entre continuité et rupture, visibilité et retenue, mémoire et invention. Lamti propose ainsi une vérité en devenir, située et sensible. Sa photographie est performative : elle ouvre un champ de possibles plutôt qu’elle ne fige une tradition. Dans le parcours de l’exposition, Bent el Machta affirme que la vérité la plus profonde réside dans ce qui persiste et se transforme, dans la survivance active des gestes et des rituels, qui, en quelque sorte archivés, continuent d’agir, silencieusement, sur nos corps et nos imaginaires.
– Nadine Hounkpatin

Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Charlotte Yonga / Prix Découverte 2026
(TSY) Possible
Dans cette série réalisée à Madagascar, Charlotte Yonga fait de la photographie un geste relationnel. Elle construit ses images à partir des liens, souvent intimes, qu’elle tisse avec ses sujets. Sa vérité émerge du temps partagé, de la confiance accordée et de l’attention portée à l’autre. Yonga explore les dynamiques affectives, qu’elles soient amicales, familiales, sororales ou amoureuses, nommées fitiavana en malgache, ce mot qui traduit simultanément toutes ces conceptions de l’amour et l’attachement à la vie. Rarement explicite, fitiavana se révèle dans l’ombre du quotidien, dans la retenue des silences et des gestes délicats que Yonga met en lumière. Par des mises en scène co-créées, inspirées de la photographie familiale et des récits populaires, l’artiste respecte les codes de pudeur locaux tout en ouvrant un lieu de visibilité sur l’intime. Le titre joue sur la négation tsy, « non » en malgache, et le mot français « possible », évoquant un espace où les imaginaires peuvent se réinventer. La série interroge également le manque de représentations des identités de l’océan Indien et cherche à valoriser la beauté de l’ordinaire tout en documentant les tensions d’une jeunesse tiraillée entre traditions et aspirations personnelles. En 2025, cette jeunesse s’est soulevée, avec la force frondeuse de celles et ceux qui réclament avant tout d’être écoutés, donnant une forte résonance politique à ce travail qui a su cristalliser dans l’espace public les tensions captées dans l’intime. Chaque image devient ainsi un acte de mémoire préfigurateur, une archive sensible des désirs, des silences et des attentes prêtes à exploser. À travers ses images, Yonga fait de la photographie un espace où vérité, écoute et attention se conjuguent pour construire un regard profondément humain, ancré dans une nature omniprésente porteuse d’un lien sensible avec soi, les autres et le vivant. Le travail de Yonga nous rappelle à quel point la mémoire ne réside pas seulement dans le passé figé de l’archive ; elle est aussi devant nous, dans le présent fragile de chaque rencontre, prête à affleurer la surface du monde.
Nadine Hounkpatin
• Date : Du 6 juillet au 4 octobre 2026
• Lieu : Espace Monoprix
Boulevard Emile Combe, place Lamartine
13200 Arles
https://www.rencontres-arles.com/


