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Chambéry : Wandrille Potey, un paysage iconostase

© Wandrille Potez

À l’occasion de l’exposition “Icônes d’Albanie, trésor du musée national d’art médiéval de Korça”, le Musée des Beaux-Arts de Chambéry a invité l’artiste photographe Wandrille Potey à présenter son travail documentaire mené en Albanie, consacré à la fragilité du patrimoine religieux, des paysages ruraux et des écosystèmes. Ces réalités menacées font écho aux icônes exposées : des témoignages d’une culture et d’une histoire qui ont failli disparaître et demeurent aujourd’hui encore vulnérables.


Type de fabrication : Tirage jet d’encre pigmentaire sur papier baryté Hahnemuhle 315g avec contre collage sur alu 1mm.
Le laboratoire Picto aide les photographes professionnels pour la réalisation de leurs expositions, des tirages à l’accrochage, en passant par les finitions et l’encadrement.


Un paysage iconostase

La seule chose ou presque que je savais de l’Albanie avant de la parcourir, c’est qu’il y avait des églises à Moscopole, et qu’il fallait que je les voie. J’avais rêvé de cette cité montagneuse, incendiée par un bachibouzouk, étrange Jérusalem des Aroumains si longtemps oubliée. On m’avait parlé du conseil des Archontes, des frères Zografi, des nefs converties en stockages de munitions et de leurs fresques miraculées. Mais lors de mon premier séjour, venant du nord, les hasards de la géographie albanaise m’avaient mené d’abord dans la vallée du Drino, là où les reliques de la Vraie Croix faisaient face à la maison natale d’Enver Hoxha. Cet autre berceau de l’art byzantin (que je photographie sans relâche), compte parmi les rares contrées dignes de rivaliser avec Korçë dans une compétition absurde et incontournable à la fois : celle de la plus ancienne église du pays.

Pour grimper jusqu’à Voskopojë et vous en rapporter quelques images, il m’a fallu revenir depuis la Grèce, empruntant inconsciemment la vénérable Via Egnatia – laquelle, à bicyclette, n’a jamais été aussi carrossable que depuis la métamorphose de ses tronçons stratégiques en autoroute. Grâce aux cartels du musée de Korçë, mon itinéraire est devenu un genre de jeu de piste, et chaque provenance d’icône une nouvelle destination. Les déçus de Voskopojë, où d’horribles « chalets » auront tôt fait de ruiner un paysage que quarante-cinq années de dictature communiste n’avaient pas réussi à entamer, pourront se rendre un peu plus haut, à Shipskë, ou un peu plus loin, à Vithkuq. La silhouette des clochers s’y détache encore librement sur fond d’alpages et de sommets enneigés, et je promets aux plus curieux ou aux plus patients que les clefs des églises (saints graals) s’y cachent toujours, gardées précieusement par ceux qui, dans les villages, acceptent une charge de sentinelle.

Par chance, cette boussole byzantine m’a guidé jusqu’où volent les grands pélicans, aux rives bénies des lacs Prespa. Les peintres d’icônes ont succédé là sans heurts aux hommes des cavernes, et l’on admire d’un bord à l’autre les œuvres des uns comme des autres. C’est ici, par-delà les euphorbes, dans les chapelles rupestres de Bllastonjë, suspendues, ou sur l’îlot de Maligrad, vrai paradis terrestre, qu’étaient abrités les trésors les plus rares. Des chefs-d’œuvre du XIVe siècle – tout étonnés de faire le voyage de Chambéry – sauvés ! mais soustraits à la contemplation d’un public fidèle : chauves-souris, serpents, tortues et autres scorpions paisibles qui trouvent dans ces sanctuaires un refuge irremplaçable.

Texte de Wandrille Potey


• Date : Du 13 juin au 15 novembre 2026
• Lieu : Musée des beaux-arts de Chambéry
Pl. du Palais de Justice
73000 Chambéry
https://www.chambery.fr/agenda/2760/316-exposition-icones-d-albanie-tresor-du-musee-national-d-art-medieval-de-korca.htm