Nathaniel Aron dans une expo pop-up à la galerie Polka

À l’occasion de sa rentrée, la galerie Polka présente une exposition pop-up du 1er au 5 septembre, consacrée à la série Interior Lift 90s de Nathaniel Aron, directeur de la photographie. Le temps de cette exposition éphémère, l’artiste invite le visiteur dans les coulisses des plateaux de tournage des années 1990, offrant un regard rare sur l’envers du décor cinématographique de cette décennie. Les tirages argentiques exposés ont été réalisés par le laboratoire Picto.
Type de fabrication : Tirages argentiques et contrecollages sur alu.
Le laboratoire Picto aide les photographes professionnels pour la réalisation de leurs expositions, des tirages à l’accrochage, en passant par les finitions et l’encadrement.
Quand je regarde les images d’« Interior Lift 90s », je reconnais une manière de voir le monde qui est aussi la mienne, transposée dans un autre langage, celui de la lumière et du cadre, celui du cinéma figé en une seconde d’éternité.
Ce qui nous lie, Nathaniel et moi, est une même fascination pour les époques suspendues. Ce sont les ahurissantes entre-deux-guerres de la Belle Époque et des Années folles, mais aussi la parenthèse enchantée entre la chute du mur de Berlin et l’écroulement des deux tours ; ces épisodes réjouis où l’insouciance avait la beauté trouble des choses condamnées. Nathaniel Aron a choisi l’Amérique entre les années 90 et le matin du 11 septembre 2001, moment de dilatation du temps, respiration paisible. L’Histoire, qui semblait offrir une infinité de chemins, choisit brutalement le sien. Pivot fatal ou innocente accumulation ? Aveuglement collectif ou intuition prémonitoire ?
L’Amérique se croyait arrivée au terme de l’Histoire, réconciliée avec elle-même, triomphante et rassasiée. C’était l’époque du héros ordinaire, celui que le cinéma américain a magnifié précisément parce qu’il n’avait plus besoin de grandes causes : le rêve américain se suffisait à lui-même.
Et pourtant, dans ces visages, dans ces regards que Nathaniel a captés, quelque chose vacille déjà : l’idéalisme des années 80 s’est fissuré, ces personnages sont plus humains, plus complexes que leurs prédécesseurs et portent en eux, sans le savoir, la mélancolie de ce qui va finir. Ils sont debout dans un ascenseur, cabine suspendue entre deux étages, métaphore parfaite de l’entre-deux, exactement à l’endroit du basculement. C’est la puissance de l’entre-deux : il contient à la fois le souvenir de l’innocence et l’annonce de sa perte, le lieu du « et si » et du « trop tard » réunis dans une même image.
Nathaniel photographie précisément ce point de tension, ce fil tendu au-dessus du vide, cette dernière seconde avant l’accélération folle.
L’esthétique peut et doit raconter une histoire sociale, car la Beauté n’est pas l’ennemie du sens mais son véhicule le plus puissant car elle n’anesthésie pas le regard, elle l’aiguise. Face à face avec cet homme qui tient contre lui un carton de bureau, ses affaires dérisoires, sa dignité intacte au milieu de la débâcle, la composition est d’une élégance déchirante : la Beauté ne détourne pas le regard de la souffrance, elle nous oblige à la contempler, à ne pas nous en détourner, à la porter en nous.
L’humanité se lit dans le collectif autant que dans l’individu, chacun tenant un rôle précis sans qu’aucun ne domine l’ensemble et c’est dans cette distension entre l’anonymat et la singularité que se dessine la force narrative de l’image.
Ces gens ordinaires sont infiniment complexes, et leur complexité même est ce qui suscite en nous une empathie immédiate et durable.
Texte d’Abnousse Shalmani
• Date : Du 1er au 5 septembre 2026
• Lieu : Galerie Polka
12, rue Saint-Gilles
75003 Paris
https://nathanielaron.com/


